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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 21:33

C’est une étrange fable que nous a concoctée Emmanuelle de Boysson avec son nouveau roman, « Le Bonheur en prime » (Flammarion). Qui le lirait d’un œil distrait en retiendrait stéréotypes et conventions, passant à côté de l’essentiel : si l’auteure utilise personnages et situations convenus, c’est pour mieux en jouer, non sans rouerie, à l’image de la figure centrale de son livre, Jules Berlingault.

 


Par Olivier QUELIER.

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Riche et excentrique octogénaire, l’homme d’affaires Jules Berlingault, féru d’art, de littérature et de malices a pour majordome le sombre Gaspard, compassé dans sa tenue de domestique et le silence d’un tragique secret. Berlingault pourrait se contenter de profiter de sa fortune et des plaisirs de la bonne chère, partageant son temps entre Paris et l’île de Ré.


Un étrange marché


Mais quand il croise, dans son immeuble, quatre voisins malheureux, perdus, désemparés, son goût du jeu prend le dessus. Car Jules Berlingault est un homme « plein de bonnes intentions » qui se considère un peu « comme le gardien du temple ».


Il leur propose donc un étrange marché : si ce couple en crise, cet écrivain en panne d’inspiration et cette jeune femme suicidaire parviennent à s’entendre, à s'unir et à prouver qu’ils sont heureux, il leur léguera sa fortune.


L’idée n’est pas du goût de Gaspard, au service de Monsieur depuis une trentaine d’années, qui espère bien obtenir l’héritage promis – à condition, cela dit, que le projet du Pygmalion capote… ce à quoi il va s’employer durant le séjour de la tribu à l’île de Ré.


Il faut laisser au lecteur le plaisir de découvrir la suite de l’histoire. Car même si Gaspard considère que « l’optimisme effréné » de son patron « frise le gâtisme » et qu’il fera tout pour mettre au jour « les brouilles et embrouilles » des invités, il se pourrait qu’à jouer un rôle, chacun finisse par l’endosser pleinement…


En ces temps de bonheur imposé comme une valeur refuge de la vie – et de la littérature –  Emmanuelle de Boysson réussit à installer puissance et profondeur dans son texte, à instiller du tragique dans sa comédie – à moins que ce ne soit l’inverse.


Générosité sans bornes

Le lecteur n’aura pas forcément beaucoup de sympathie pour ces personnages qui, tous, ont des défauts. Mais il éprouvera une énorme sympathie pour l’auteur, dont on sent qu’elle tire bien des détails, des décors, des noms, des traits de caractère de sa vie quotidienne.


Peu importe que Jules Berlingault ait la silhouette d’un grand journaliste et essayiste important dans la carrière d’Emmanuelle de Boysson ; que le chat du livre porte le même que celui du regretté Bernard Frank . Ce qui compte, c’est qu’avec sa générosité sans bornes, son plaisir d’écrire, son énergie et son goût pour la fantaisie, la romancière entraîne son lecteur non dans une petite ballade anodine en terrain connu, mais sur le chemin buissonnier d’un pastiche malin et salvateur, d’une satire qui réjouira les uns, amènera les autres à s’interroger sur leur vie... et les derniers à profiter du bonheur. Le talent et le sourire en prime !


PS. Fargo Prod a acheté les droits d'adaptation télé du « Bonheur en prime ». A suivre !


« Le Bonheur en prime » d'Emmanuelle de Boysson. Flammarion. 2014. 18€.

 

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Published by Olivier Quelier - dans Critique littéraire
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