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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 14:00

Brillante, Lionel Shriver mène son roman comme une rencontre de tennis.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

_40829902_lionel_shriver_203.gifVoici quatre ans, Belfond révélait l’Américaine Lionel Shriver avec un roman stupéfiant. « Il faut qu’on parle de Kevin » plongeait dans la vie d’Eva, mère de Kevin, tueur à peine pubère auteur d’un massacre consciencieux dans son collège, genre fait divers à Columbine. Face à la tragédie, Eva s’interrogeait sur la part de responsabilité qui taraude la femme devenue mère malgré elle. L’éducation de Kevin a-t-elle dérapé sur cette absence de sentiment maternel ?

 

D’une violence rare sous une plume féminine, ce roman laissait le lecteur étrillé, pantelant. Moins  radical, « Double  faute »* adopte un ton plus enjoué. Pour autant, le propos reste percutant sur la place de  la femme dans le couple.

 

Depuis ses 5 ans, Willy rêve de devenir une championne de tennis. Passionnée au point de réduire sa vie aux contours des lignes blanches d’un court, elle travaille sans relâche à grappiller des places au classement. À New York, elle rencontre Éric, archétype du gendre idéal style Kennedy, élégant, bonne famille, études brillantes à Princeton et joueur de tennis doué quoique dilettante. Coup de foudre, mariage.

 

Après cet échauffement, Lionel Shriver attaque la partie. Malgré (ou grâce) à sa désinvolture, Éric avale les classements de l’ATP. Pendant que le travail acharné de Willy se traduit en tournois de seconde zone, il grimpe au firmament du circuit international. La complicité stimulante des débuts cède alors le pas à une rivalité blessante quand l’ascension foudroyante de l’un répond au déclin de l’autre.

 

Le monde du tennis sert à merveille cette étude du sentiment amoureux où les échanges harmonieux virent aux coups liftés assassins. Impeccable dans la confrontation, Lionel Shriver accorde des points gagnants de chaque côté du filet.

 

Frappe sèche, vivacité des échanges, ce roman se lit avec le plaisir que l’on accorde  à une partie à l’issue incertaine.

 

« Double faute » de Lionel Shriver, Belfond, 21,50 €.* Traduit de l’américain par Michèle Lévy-Bram.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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