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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 21:02

A Gauguin lui annonçant son départ pour les Marquises, un ami avait commenté : « C’est loin ». « Loin de quoi ? » rétorqua le peintre. A chacun ses bouts du monde. Les écrivains aventureux réunis dans ce recueil de nouvelles en savent long sur le sujet.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

 

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Björn Larsson

 

Certains les ont collectionnés, tel Gilles Lapouge qui confie : « Très jeune déjà, j’en ramassais à mes moments perdus. Je n’y avais pas grand mérite car à ce moment de la vie, les bouts du monde pullulent ». Devenu grand, il avoue un faible pour ces îles jadis placées sur les cartes au petit bonheur la chance par les navigateurs de la Renaissance puis effacées par la précision des cartographes.

 

D’îles en Finisterres

 

Où faut-il donc chercher les bouts du monde ? Dans le tutoiement des Finisterres battus par les houles, peut-être. Pour avoir fréquenté ces eaux-là à bord de son Rustica, Björn Larsson est revenu de ses périples avec une certitude. Les bouts du monde ont perdu leur terrifiante symbolique. Ce sont des points de départ parmi d’autres, en plus spectaculaires. Que nous reste-t-il à découvrir? Puisque les géographies égarées ont été assassinées par Google Earth « à quoi bon aller voir l’ailleurs puisque l’ailleurs est déjà chez nous ? » interroge le Suédois.

 

D’autres ancrent leurs bouts du monde à leurs souvenirs. Dany Laferrière s’arrête au bar désuet de l’hôtel Olofsson accroché à une colline de Port-au-Prince. Face à l’escalier en bois, il convoque ceux qui l’ont précédé en ces lieux : Malraux, Truman Capote, Breton, et surtout Graham Greene, seul à méditer sur Papa Doc.

 

La sagesse de Björn Larsson

 

Souvent, les bouts du monde sont minuscules. De la taille de la plage avant d’un bateau chez Olivier Frébourg, ou d’une vire vertigineuse, à cent mètres d’un sommet chez Sylvain Tesson. Souvent encore, ils adoptent les contours d’une île. Aux Gambier, Jean-Luc Coatalem croise les fantômes des révoltés de la Bounty.

 

Kenneth White s’arrime aux Mascareignes et le poète Yvon Le Men au Mont Saint-Michel. Voyageur immobile, Alain Dugrand préserve ses bouts du monde à portée de mains dans le bric-à-brac d’objets glanés ça et là, sur lesquels veille une photo de Conrad.

 

Björn Larsson a raison. La meilleure perception des lointains, c’est dans la littérature qu’il faut la chercher, dans la fréquentation des écrivains voyageurs dont les récits sonnent plus juste que tous les outils de recherche réunis sur le web. Sans dimension humaine, à quoi bon aller au bout du monde ?

 

« Nouvelles du bout du monde ». Editions Hoëbeke. 210 pages. 18 €.

 

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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