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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 11:00

Une chronique d'Olivier Quelier


Deni-de-Fuite.jpgC’est une petite fille au pyjama rouge, pieds nus, son doudou à la main. Elle attend, toute seule… Jérôme arrive à son bureau. Elle habite sur le même palier. Son papa n’est plus dans son lit, il est parti pendant qu’elle dormait…

 

Il s’appelle Boulba, il est sculpteur. C’est sa femme de ménage, en passant l’aspirateur, qui le réveille. Il a la gueule de bois, ne se souvient plus de rien. Un coup de téléphone, anonyme, finit de le tirer de son demi-coma : « Tu as vu dans quel état tu as mis ta voiture ? »

 

Rien de commun entre cette fillette de trois ans et l’artiste célèbre et bourru. Sauf que… Jérôme K. Jérôme Bloche, détective aussi privé qu’atypique, va mener l’enquête. Sa seule piste ? Le papa de Caroline est sorti faire une course. Or où trouver en pleine nuit du lait pour le biberon de sa fille, sinon « chez l’arabe du coin » ?

 

Jérôme se rend chez son ami Burhan, l’épicier. Burhan a passé une mauvaise nuit, hanté par le souvenir de ce conducteur qui, après avoir heurté un client sortant du magasin, une bouteille de lait à la main, avait pris la fuite sans même ralentir… Une nouvelle enquête commence, au pied de la butte Montmartre.

 

« Déni de fuite » (Dupuis) est le vingt-et-unième album de la série « Jérôme K. Jérôme Bloche » réalisée par Dodier. Un album de 54 pages à l’intrigue serrée, au dessin précis et attachant. Dodier a su créer, au fil des années, un univers familier. Dans cet album, tous les personnages récurrents sont au rendez-vous : Buhran, Mme Zelda, la concierge…

 

Surtout, depusi 1982, date du premier album, Alain Dodier a créé un véritable héros de bande dessinée. De Humphrey Bogart, dont le portrait orne les murs de son bureau, Jérôme n’a conservé que l’imper et le feutre mou. Pour le reste, le jeune homme tient davantage de Pierre Richard que du détective ténébreux. Quand il veut se remettre d’une émotion, Jérôme avale cul sec un citron pressé. Sans eau. Un dur, un vrai…

 

Distrait, bienveillant, cet ado attardé dans un univers qu’il regarde d’un œil naïf et attristé boit du lait, roule en Solex et essaie tant bien que mal de vivre une relation suivie avec Babette, hôtesse de l’air souvent contrainte de ramener son amoureux sur terre.

 

Les albums de Dodier sont pleins d’un humour léger, d’un récit solide et d’une psychologie raffinée. On est loin des bons sentiments benêts. Dodier nous plonge à chaque fois dans des tranches de vies tragiques ou dérisoires, futiles et dramatiques. A l’image des hommes. La poésie en plus.

 

Dodier, « Déni de fuite », Jérôme K. Jérôme Tome 21, éditions Dupuis, 54 p. 10, 95€.

 

Pour en savoir plus, c'est ICI.

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Published by Olivier Quelier - dans Critiques BD
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