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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 17:24

Sous le titre emprunté à Bashung, Delphine de Vigan signe un récit bouleversant sur la destinée tragique de sa mère.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut.

 

Vigan1.jpgSur la couverture, c'est elle, belle jeune femme au visage d'héroïne de Bergman, sourire esquissé et regard incrédule. Lucile. Le prénom évoque une lumière dansante et fragile, un feu follet auquel Delphine de Vigan consacre le plus poignant de ses livres, le plus personnel aussi puisque Lucile était sa mère.

 

Fantasque, tantôt déterminée tantôt vacillante, Lucile dans sa démesure brûle sa vie et consume celle de ses proches. A la recherche de l'origine de la souffrance qui a porté cette femme inachevée à tutoyer les abîmes, l'écrivain trace des cercles.

 

Chacun délimite les tragédies qui telles des secousses telluriques ont à chaque répliques abattu des pans d'une histoire familiale marquée du double sceau de la violence et du silence.

 

Lucile est la troisième d'une fratrie de neuf enfants nés au lendemain de la guerre au foyer de Liane et Georges, deux personnalités farfelues. Elle, magnifique, lui, séducteur et toxique. La vie devrait leur être douce et pourtant à leur approche, le bonheur prend la tangente. Le premier séisme surgit avec la mort accidentelle d'Antonin, un des garçons.

 

Les murs se fissurent


Dès lors, les murs se fissurent. Lucile, belle enfant docile, n'échappe pas aux douleurs qui ravagent. Elles lesteront son bagage tout au long d'une vie à la dérive marquée de rares parenthèses de douceur. A l'appui des témoignages des oncles et tantes le portrait de Lucile la silencieuse se précise.

 

Delphine de Vigan sonde les contours chaotiques de son enfance et de son adolescence marqués par les vagues de dépression dans lesquelles sa mère bipolaire se débat. "Lucile n'a rien aimé tant que boire, fumer et s'abîmer". Jusqu'à ce que sa lumière vacille.

 

On ne lâche pas ce récit sensible, quête pudique partagée entre une histoire familiale tourmentée et réflexion sur les doutes de l'écrivain. De l'ombre à la lumière.

 

« Rien ne s'oppose à la nuit » de Delphine de Vigan. JC Lattès. 438 pages. 19 €.

 

Pour ce livre, Delphine de Vigan a reçu le prix Renaudot des lycéens.

Delphine de Vigan chez Olivier Barrot.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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