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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 17:46

Citoyen canadien depuis trente ans, un écrivain haïtien revient sur son île à la mort de son père, lui aussi exilé, mais à New York.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

Après tant d’années d’éloignement, le narrateur doit réapprendre ce qu’il sait déjà de ce pays de ténèbres qui n’a pas été sauvé par la chute de la dynastie Duvalier. "Le dictateur m’avait jeté à la porte de mon pays. Pour y retourner, je passe par la fenêtre du roman". Sous la protection d’Aimé Césaire, ce roman du retour au pays perdu prend la forme d’un long chant où la poésie en prose se confronte à la réalité la plus âpre, celle qui provoque les exils et les violences irrémédiables.

 

La main sûre croque des images rapides, lumineuses, qui disent tout de cette terre accablée. La misère, les ventres vides, la corruption, la violence, rongent sans répit la « Perle des Antilles » de jadis. Le récit, cadencé par des strophes, comble les vides des années d’absence. Revenu au bercail, le narrateur retrouve sa mère, à jamais enracinée à son île, et découvre en son jeune neveu un double qui rêve de marcher sur ses pas d’écrivain exilé. La quête cependant tourne autour du père, l’homme immobile qu’il connaît si mal, hors de son image de résistant emblématique à Papa Doc.

 

Ce bout d’île navrée « où une journée dure une vie » inspire à Dany Laferrière son plus beau livre. Les senteurs sucrées, l’explosion des couleurs autour des fruits juteux, la sensualité de scènes saisissantes, traversent cette quête des racines qui de la première à la dernière ligne coule de source.

 

Car « L’énigme du retour » ne se limite pas aux contours d’un livre envoûtant. L’audace de la forme permet à Dany Laferrière d’entraîner le lecteur vers des questionnements profonds sur l’engagement, l’identité et la solitude de l’exil. Magique, comme les « nuits chagaliennes » de Port-au-Prince.

 

« L’énigme du retour » de Dany Laferrière. Grasset. 300 pages. 18 €.

 

(Photo : C. Beauregard)

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Published by Frédérique Bréhaut (ML) - dans Critique littéraire
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