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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 14:15

Laferri-re-C.Beauregard.jpgJ’avance caché. C’est pour cela que je n’aime pas les étiquettes : je n’aime pas être perçu, je veux être au milieu de la foule sans que nul ne le sache. C’est ça, mon costume de dandy. Je suis comme Brummell qui disait : « Si vous m’avez remarqué, c’est que je n’étais pas bien habillé. » Il ne faut pas qu’on me voie. Tout le monde dit : Laferrière, il est léger, il est drôle. Personne ne se méfie. Pendant ce temps, je continue ma chronique. Vingt livres déjà…

 

Vous n’aurez pas de grand livre de moi, tout sera moyen, égal. Mon obsession, quand j’écris, c’est qu’on ne puisse pas me citer. Qu’il n’y ait que des annotations, du présent de l’indicatif, pas de réflexions ni de méditations, et surtout pas ces phrases qu’un lecteur a envie de noter quand il les croise dans un ouvrage. A ce titre, « L’Enigme du retour » est une erreur dans mon travail : en vingt-cinq ans, c’est la seule fois où j’ai fait des phrases. J’étais trop bien habillé, en quelque sorte ! Alors que la littérature, c’est comme un fer brûlant qu’on fait entrer dans le corps de l’autre – alors il ne faut pas que la personne voie le fer avant, sinon elle s’enfuit.

 

Ne pas faire de littérature, cela demande beaucoup de travail ?

 

C’est énorme. En plus, vous ne serez jamais cité comme un grand écrivain. Il n’y a rien de plus facile qu’être un grand écrivain. Faire un livre moyen, être juste un bon écrivain : ça, c’est difficile.

 

In Télérama n°3204 (8 juin 2011). Entretien réalisé par Nathalie Crom. (Photo : C. Beauregard).

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Published by Olivier Quelier - dans verbatim
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