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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 11:31

Dans Berlin tranché par le mur, Douglas Kennedy mène le lecteur par le bout du nez.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

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Berlin avec ses secrets de guerre froide et ses trahisons convient

à merveille à l’univers de Douglas Kennedy. Photo Andersen.


Voilà longtemps que Douglas Kennedy se plaît à accorder sa musique du hasard à l’art de la fugue. Chacun de ses romans trace des lignes de fuite dignes d’offrir des évasions possibles à ses personnages. « Cet instant-là » longe plus que jamais cette frontière au-delà de laquelle d’autres vies sont imaginables.

 

Ecrivain cosmopolite qui collectionne ses villes de résidence comme d’autres les amours, l’Américain se plaît à offrir un roman à chacune d’elles. Après le Paris de « La femme du Vème », voici donc Berlin qui surgit au premier plan d’un nouveau roman « kennedysien » en diable.

 

Au début des années 80, dans Berlin au dos encore fendu par le mur, Thomas Nesbitt, jeune écrivain new-yorkais encore naïf, rencontre Petra, une transfuge de l’Allemagne de l’Est. Le pouvoir de séduction de la jeune femme à l’air triste se mesure à l’aune de la part de mystère qu’elle dégage. Coup de foudre.

 

Pourtant ce serait mal connaître Douglas Kennedy d’imaginer que l’histoire puisse s’en tenir à une bluette sentimentale. Peu à peu, Petra se livre et Nesbitt découvre un parcours poignant marqué par la Stasi. Par amour pour sa compagne, il joue même à l’espion envoyé de l’autre côté du mur, ce qui nous vaut quelques belles pages sur Berlin Est.

 

De belles trahisons

 

Douglas Kennedy retrouve la veine de « La poursuite du bonheur », avec ce don de mitonner de belles trahisons dans des atmosphères glauques. Des cafés crasseux des quartiers populaires de l’ouest à la grisaille navrée de l’Est, il mène son lecteur où bon lui semble.

 

Certes le romancier ne recule pas devant quelques ficelles convenues. Il n’est corde plus usée que le coup des confessions posthumes qui déclenchent un flash-back. Pourtant Kennedy  garde la maîtrise de son histoire et pas un lieu commun ne résiste à sa façon d’embobiner le lecteur.

 

Berlin au détour des années 80 sert à merveille les intérêts de cet écrivain qui entretient un rapport tenace avec les perversités du secret. Au pied du mur, Douglas Kennedy créé un climat délicieusement paranoïaque.

 

« Cet instant-là » de Douglas Kennedy. Traduit de l’anglais par Bernard Cohen. Belfond. 295 pages. 22,50 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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