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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 18:45

Carole Zalberg revient avec 72 pages effilées comme des lames, 72 pages qu’on lit en apnée, suspendu entre la supplique d’un père et la voix de sa fille Adama. L’une vient des profondeurs de terreurs indicibles, l’autre est hérissée de rage enfantine et dangereuse.


Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

Feu.jpgAu premier soir de l’emprisonnement d’Adama, l’homme parle enfin, remonte vers la tragédie originelle. Ce pourrait être le Rwanda hier, la Centre Afrique ou le Congo aujourd’hui. Un père et sa fille à peine née échappent à l’incendie de leur village sacrifié par la guerre.

 

Pendant des semaines, chaque heure de leur fuite sera une question de survie. Le monologue du père retrace le sursis conquis kilomètre après l’autre, peau contre peau, jusqu’à l’arrivée en France, un pays dont il n’avait jamais rêvé.

   

Au bout de l’exil, une banlieue, un métier, et puis Adama, devenue adolescente parmi des filles de la cité qui n’ont pas froid aux yeux. Nabila, Zora et Adama. Les « PrincessA », gamines écorchées et impulsives, guerrières de pacotille qui ne sont que rage, trois flammèches d’un incendie qui se nourrit de lui-même avant de se propager un jour, bien réel cette fois, dans une cage d’escalier. Le désastre pour une histoire de baiser volé.

 

Récit d’exil

 

La romancière tresse la trame de la tragédie, alternance de fils sombres et colorés comme les langues du père et des Princesses. Celle du père, belle de douleur et de désarroi, lourde des silences accumulés; celle des filles, chœur animal au verbe vif, crépitant jusque dans ses anathèmes.

 

Des voix parallèles qui ne se répondent ni ne s’entendent. Entre le père et la fille, s’ouvre l’infinie distance entre deux mondes devenus étanches après avoir été viscéralement liés l’un à l’autre. 

 

Carole Zalberg allume des incendies avec ce récit d’exil et d’amour paternel, de gamines paumées qui craquent leur vie sur une allumette. A l’écoute des passés douloureux, l’écrivain poursuit une œuvre exigeante, peuplée d’êtres désemparés mais debout. 

 

« Feu pour feu » de Carole Zalberg. Actes Sud. 72 pages. 11,50 €.  

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Critique littéraire
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