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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 17:12

Vous reprenez les lectures publiques des « Souvenirs d'un gratteur de têtes ». Une envie de monter sur scène?

 

A vrai dire l'idée vient de Jean-Michel Ribes, le directeur du Théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées. Lors d’un déjeuner, il m’a lancé « Et si tu montais sur scène ? » En guise d’argument, il a avancé qu’il aimait la façon dont à Apostrophes, je lisais parfois les extraits des livres de mes invités.

J’avoue que son tutoiement m’a davantage surpris que sa proposition ! Après le succès des trois soirées au Rond-Point (lire la critique), un « tourneur » a pris le spectacle sous son aile et je joue environ trois fois par mois. Pas davantage car je suis très occupé.

 

L’expérience vous plaît ?

 

C’est le contraire de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent. À la télévision je parlais devant deux millions de personnes que je ne voyais pas. Sur scène, je me tiens devant 200 ou 300 spectateurs que je vois, que j’entends, dont je perçois la chaleureuse présence. Il n’y a plus de filtre et c’est un vrai plaisir.

La France découvre sur le tard l’exercice de la lecture par les écrivains. En Allemagne, le principe existe depuis longtemps. Mon ami Jorge Semprun le pratiquait beaucoup.

 

D’où vient le « Gratteur de têtes » ?

 

C’est un souvenir de ma jeunesse lyonnaise, lorsqu’à la fête foraine il y avait le type du train fantôme qui surgissait de l’obscurité pour gratter la tête des passagers et les effrayer. Jeune homme timide, cette attraction me permettait de rassurer la fille invitée à monter dans le train.

Plus tard, journaliste, j’aimais cette image du gratteur de têtes pour stimuler les gens et les inciter à lire. Quant au spectacle, c’est un puzzle de textes tirés de plusieurs de mes livres ; « Le métier de lire », « Le Dictionnaire amoureux du vin », « Oui, mais quelle est la question ? ». J’aurais refusé de lire les écrits d’un autre, car je ne suis pas comédien et j'aurais eu l'impression de prendre une place qui n'est pas la mienne. 

Ma lecture mêle histoires autobiographiques, rencontres avec des écrivains tels Nabokov, Duras, Yourcenar, Simenon…Et aussi quelques tweets, sans oublier les mots que j’aime, les choses amusantes. Les spectateurs sortent très heureux.

 

Que pense le juré de l’Académie Goncourt de la rentrée littéraire ?

 

J’ai beaucoup lu cet été. Cette rentrée est un bon millésime, avec de la qualité et de la densité, mais il n’y a pas un titre qui s’impose comme ce fut le cas pour Michel Houellebecq ou Jonathan Littell. Parmi certains très bons livres, il faudra en choisir un en novembre. Notre première sélection d’une quinzaine de titres sera annoncée le 6 septembre.

 

L'histoire tient une place importante dans les ouvrages qui paraissent en cette rentrée. Qu'en concluez-vous?

 

Le roman historique est un peu une spécialité française. Cela pose une bonne question sur le rôle du Prix Goncourt. Peut-il couronner un roman historique ou doit-il défendre un livre qui nous parle d'aujourd'hui ? Le débat est ouvert. Je pense que moins on comprend le monde dans lequel on vit, plus on a besoin de littérature.

Le succès de Houellebecq vient de là.  Il a cette capacité à traduire les bizarreries du temps. Regardez l'irruption des écrivains latino-américains dans les années 1970 ; ils racontaient l'effervescence de leurs pays. Les périodes difficiles stimulent la création.

 

Propos recueillis par Frédérique Bréhaut.


20560-130612192142737-2 0 Photo : Denis Lambert / Le Maine Libre


(article publié initialement sur le blog Le Maine Livres le 21 août 2013)


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Published by Frédérique Bréhaut - dans Interviews
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