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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 17:15

La sortie de « Des gens très bien », son livre réquisitoire contre son grand-père Jean Jardin, directeur de cabinet de Laval au moment du Vel d’Hiv vaut à Alexandre Jardin des attaques virulentes. L’écrivain s’explique.

 

Propos recueillis par Frédérique Bréhaut 

 

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Comment recevez-vous la violence de certaines attaques?

Je ne m’attendais pas à cet accueil. Pas à ce point. Je pensais que le pays avait bougé, que l’on pouvait aborder certains sujets. Ce n’est pas le cas. A voir l’angle des attaques, je découvre que c’est autant une question familiale qu’historique.

 

Cela tient-il à la personnalité ambiguë de Jean Jardin, le « Nain jaune » ?

Tant que l’on remue le passé de vraies fripouilles, ça passe. On se dédouane du passé à travers des figures du mal exemplaires. Avec mon grand-père, on aborde un homme convenable, qui a une éthique, une morale. Cela prouve qu’il n’est pas nécessaire d’être une crapule pour participer à des actes ignobles. On entre dans la catégorie des gens bien qui pourtant basculent du mauvais côté. Qu’on ne puisse pas en parler encore aujourd’hui, cela exprime un sentiment de déni plus profond qu’on pourrait le supposer. La France n’est pas guérie de son histoire.

 

D’aucuns vous reprochent le manque de "preuves historiques"…

C’est le réflexe à l’anglo-saxonne de la preuve écrite, du papelard qui prouve que…Quitte à nier l’évidence. Un directeur de cabinet est payé pour savoir. C’est son job. Affirmer que Jean Jardin, à ce poste en juillet 1942 auprès de Laval, chef du gouvernement, a ignoré le Vel d’Hiv, c’est du délire. Ces derniers jours, des personnes qui ont occupé de hautes responsabilités au sein de l’Etat, dont un ancien premier ministre m’ont confirmé que Jardin savait forcément ce qui se passait dans le pays.

Même si l’initiative de la rafle du Vel d’Hiv revient à Bousquet, mon grand-père ne pouvait ignorer cette mesure. Sa non-démission vaut consentement. Ce n’est quand même pas scandaleux de s’interroger sur son rôle! Au-delà de la rafle, tous ces décrets qui éliminaient les juifs des administrations, de la justice, des ministères, qui les a mis dans le parapheur chaque matin? Même s’il n’a pas tout signé, Jean Jardin a participé à ces mesures.

 

Pourtant, par ailleurs, Jean Jardin a sauvé des Juifs…

Bien sûr, il a fait des choses bien. Toutefois, les Juifs qu’il a cachés sont des intellectuels, à l’exemple d’Emmanuel Berl. Il a protégé des gens de sa caste sans prendre de grands risques. Aujourd’hui encore, le nom de Jardin ouvre des portes chez des descendants de nazis ou de collabo. J’ai ressenti une "compréhension"; on est "en famille". Quand la fille de Laval vous embrasse, c’est répugnant.

 

Afin de racheter les fautes des pères, n’êtes-vous pas tombé dans des excès maladroits avec votre chapitre « Enjuiver la France » ?

Tout régime autoritaire a un problème avec le judaïsme parce que c’est le peuple du Livre. Les dictatures ne peuvent tolérer ce qui questionne. Je voulais dire que j’aimerais que notre identité nationale s’adosse davantage au livre. Mais je comprends que ce chapitre ait pu choquer. J’ai peut-être été excessif dans ma démonstration, mais je partais de si loin !

 

« Des gens très bien » d’Alexandre Jardin. Grasset. 300 pages. 18 €.

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Published by Frédérique Bréhaut - dans Interviews
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